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L'Immortel est toujours fermement attaché, pas question de prendre le risque de vous faire prendre en traître.
Pourtant, il ne semble pas dangereux, vu comme cela l'air abattu, fixant le sol d'un regard morne. Deux cents ans. Pour un mortel, c'est bien vieux, mais c'est à peine plus du quart de votre âge. Il se redresse soudain et vous demande d'un ton implorant
- Si je vous dis tout ce que je sais, vous me laisserez rentrer chez moi ? Je n'ai pas demandé à être Immortel, encore moins à venir vous combattre. Je vous en prie...
- Commencez déjà par parler. Qui est cet Immortel ?
- Il se fait appeler Guillaume de Belfort. C'est un nom de France, mais j'ignore s'il en vient. Je ne sais pas son âge, son buzz n'est pas très puissant. Toutefois, je sais que cela ne signifie pas toujours grand chose. Comme je vous ai dit, il est venu chez moi et m'a forcé à travailler pour lui. Je devais vous retenir, et vous transmettre un message. Il vous attend à New York, avec un certain Connor MacLeod. Vous le connaissez ?
- Connor... oui, c'est un ami.
Congo belge, 1885
Les pas traînants de miliers d'esclaves enchaînés faisaient voler la poussière de la route, qui emplissait l'air et masquait un peu le soleil impitoyable. Respirer était une gageure, voir, un défi. Assis à l'ombre sur la terrasse de l'office commercial, dans votre uniforme impeccablement blanc, vous vous éventiez avec votre casque colonial en saluant les quelques Blancs qui passaient. Depuis le début de la colonisation des Amériques, vous luttiez contre l'esclavage. Pour cela, vous vous infiltriez, obteniez de hautes fonctions souvent au prix d'atrocités, de déportations commises en votre nom. Mais une fois en place, au pouvoir, vous pouviez vraiment agir.
Un mortel n'aurait pas eu la patience et le courage pour attendre ainsi, mais votre grand âge vous donnait le recul nécessaire pour élaborer des plans à long terme, des mécaniques précises et bien huilées qui faisaient peu à peu vaciller les bases même du système colonial, sans vous impliquer directement. Les Noirs et les anti-esclavagistes vous haïssaient, les Blancs colonisateurs ne vous supportaient pas, mais entre les deux vous atteigniez votre but, et cela seul comptait. Vous avez dirigé en arrière-plan de nombreuses révoltes d'esclaves, victorieuses car appuyées d'en haut. Vous avez libéré des tribus entières. Bien sûr, il est arrivé que l'on vous découvre. Vous avez été pendu, fusillé, empoisonné, mais vous recommenciez votre manège dans un autre pays, une autre décennie.
- Monsieur Van Trudel ? Appela votre enseigne (Vous refusiez que votre nom véritable soit mêlé à ces odieux trafic). Le prisonnier dont je vous avais parlé a été amené.
- Merci, j'arrive.
En arrivant à la prison, un buzz vous fit ralentir le pas. Le garde se mit au garde à vous et fit son rapport.
- Monsieur, ce Blanc a été arrêté alors qu'il conspirait contre l'avancée du chemin de fer. Il est soupçonné d'avoir dynamité la voie Doubangui-Katalo. De plus il était vêtu d'un burnous, comme un arabe monsieur, et il cachait ceci dessous.
Le garde vous remit un paquet fin et long, enveloppé dans une étoffe blanche. C'était un magnifique Katana au manche d'ivoire sculpté, qui ne vous était pas inconnu.
- Laissez-moi seul avec le prisonnier, je vais l'interroger moi-même.
- Oui monsieur.
Il claqua les talons et sortit.
Baissant votre casque sur les yeux, vous êtes rentré dans la cellule.
- Bonjour Connor. Toujours en Afrique ? Tiens, tu veux peut-être récupérer ceci... Avez-vous dit en tendant son épée à l'homme assis sur la paillasse.
Il s'en saisit et d'un geste circulaire du pied vous fit chuter à terre. Vous immobilisant en pressant son genou sur votre torse, il vous a amené sa lame juste sous le cou.
- Frans, je n'aurais jamais cru de toi que tu puisses un jour travailler pour ces salauds !
- Tu ignores tout de mon action. Tu n'a jamais été fin stratège, bougre d'Ecossais ! Crois-tu vraiment que j'ai changé à ce point ? C'est au pouvoir que l'action est efficace, pas en posant de ridicule bâtons de dynamite sur les rails ! Tout ce que tu auras gagné, c'est que deux mille Congolais de plus vont mourir en réparant les dégâts que tu as causé. De ma place, je peux agir. Je vais te faire exécuter, tu sera plus tranquille ainsi. Tu préfère quoi ? Les balles, la corde ?
- Les balles tant qu'à faire. J'ai horreur d'être pendu.
- Tu vois bien... Si je n'avais pas été à ce poste, un autre n'aurait pas osé tuer un Blanc, et on t'aurai coupé les mains. Pas pratique pour se battre, sans main, n'est ce pas ? Qu'est ce qui t'amène au Congo ?
- Kastagir. C'est lui qui m'a appelé. Tout son peuple, tous, tu m'entend, jusqu'au dernier. Ils sont tous morts en posant des rails et en récoltant du caoutchouc pour ton roi Léopold.
- Eh là MacLeod, je suis Hollandais, moi, pas Belge, ce n'est pas mon roi.. De toute façon, je suis bien d'accord avec toi, mais je ne crois pas que tu utilises la bonne méthode.
Comme prévu, vous lui avez permis de mourir pour être tranquille et avez continué votre action discrète mais efficace.
De nos jours, Amsterdam
- Et qu'est ce que de Belfort veux à MacLeod ?
- Je n'en sais rien. Vous croyez qu'il m'a raconté tout son plan ? Il joue avec nous, monsieur Snyders, et depuis quand les pions sont-ils au courant des mouvements du roi ? Alors, je vous ai dit tout ce que je savais. Vous me laissez partir ?
Ses yeux sont implorants, il a l'air honnête, mais comment être sûr de quoi que ce soit ? Lui faites-vous confiance ?
Oui, vous le laissez partir.
Non, vous le décapitez.
A moitié. Vous ne tuez pas mais l'emmenez avec vous en confiscant son épée.
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