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N'ayant pas le temps de faire toute la boucle via la côte est, nous rebroussons chemin au sud et filons plein nord, en direction des fjords sauvages du nord-ouest. La route numéro 1 longe tantôt la côte, tantôt serpente dans d'immenses plaines volcaniques. Le temps est variable, vent violent, pluie, éclaircies éblouissantes... Le revêtement est parfait, la circulation nulle. De temps en temps, une station service nickel, ou alors une petite ferme au toit rouge, une église.





L'eau ne manque pas, quand elle ne tombe pas, elle ruisselle, voire jaillit bouillante du sol. Les roches noires sont rongées de végétation claire, une étrange inversion des couleurs par rapport à nos habitudes qui donnent décidément, et quitte à se répéter, une impression d'évoluer dans un autre monde. On croise aussi les ruines d'anciennes constructions, dont il est difficile de savoir si elles ont quelques années ou datent des Vikings.



Marre des villes surpeuplées, vous ne supportez plus vos voisins ? Un petit stage au nord de l'Islande pourrait arranger ça. A imaginer tant qu'à faire en hiver, dans la nuit perpétuelle et sans moyen de circulation accessible. Et avant l'arrivée d'Internet...









Une fumée posée sur l'horizon, proche de la route, serait-ce une source chaude, ou même un petit volcan en activité ? Tout en gardant prudence, c'est à voir. Nous nous engageons donc au jugé sur une piste de cailloux que nous n'avons théoriquement pas le droit d'emprunter avec notre petite citadine, puis on crapahute dans de hautes touffes d'herbes sèches jusqu'à atteindre... non pas un impressionnant cratère en fusion, mais un petit brûlis soigneusement circonscrit par quelques pompiers ! Retour à la voiture, saoulés de vent.



Une des difficultés de l'Islande, c'est l'hébergement, surtout hors saison. A moins d'être motivé pour camper dans le vent glacé, le choix est limité. Pratiquement aucun Couchsurfing ni Airbnb, logique vu la taille ridicule des "villes", qui parfois se résument à un seul bâtiment qui fait déjà hôtel. A prix local, donc une centaine d'euros pour une chambre basique. Du coup, pour ce soir, nous faisons un détour de près de 100 km pour atteindre Hvannstangi, où le Gauksmyri Lodge nous accueille à un prix presque décent. C'est aussi un haras et un restaurant appétissant, mais faute de budget nous restons fidèles à nos repas lyophilisés dans la chambre. Nous sommes loin au nord, le Groenland n'est qu'à quelques encablures, et entre le moment du coucher et celui du lever, strictement rien n'a changé par la fenêtre : même nuages bas, même lumière grise, pas un mouvement sinon de rares voitures sur le ruban de route là-bas. Sans doute assez déprimant au bout d'un moment.


Le lendemain, nous repartons vers l'ouest, en longeant les fjords découpés et peu hospitaliers. Pêcher par ici ne doit pas être évident. Deux ou trois villages s'accrochent au fond des baies, mais dans l'ensemble la région est désertée depuis quelques années. Faut dire, pas très attractif pour les jeunes quand il n'y a rien à faire que bosser, en plus dans le noir glacé six mois de l'année.



Petit lot de consolation, on trouve assez souvent au bord de la route des piscines d'eau chaude naturelle, avec parfois en prime des sanitaires et cabines de change. L'occasion d'une pause agréable. Dans l'une d'elle nous sommes rejoints par un gars avec une belle barbe blanche qui a tout du nordique endurci. La conversation s'engage... et il se révèle être un touriste de Hawaï !



Petit détour par le village de Holmavik, relativement mignon mais bien calme, surtout depuis la disparition de son usine de transformation de viande de requin. Aujourd'hui, on y pêche surtout la crevette. Ne vous laissez pas berner par son apparence de hameau moribond, c'est la plus grande "ville" de la région !



On y vient notamment pour visiter son minuscule mais déconcertant musée de la sorcellerie islandaise, pas piquée des vers. Ca devait les occuper pendant les loooooooongues nuit d'hiver. Pas de limites à l'imagination quand il s'agit de berner son voisin, de lui voler ses terres ou de l'argent, voire de l'envoyer au bûcher. Si on est loin des chiffres de la chasse aux sorcières de l'Inquisition ou de Salem, rapportés à la population locale, on compte quand même une trentaine de victimes (dont une seule femme) en quelques décennies. Un jour, quelqu'un féru de géométrie a gribouillé des petits dessins et a eu l'idée de s'en servir pour prendre le pouvoir sur des esprits crédules. Les runes tortueuses associées à des recettes franchement dégueu étaient censées conférer richesse, puissance, ou même invisibilité.
  • Par exemple, un sort faisait pousser un téton sur la cuisse des femmes, où elles alimentaient une sorte de ver géant couvert de fourrure, un Tibéri (si si !), qui les quittaient la nuit pour aller voler l'or des voisins.
  • Pour devenir invisible, c'est très simple : sculptez la rune du heaume d'AEgir sur une plaque de lignite, avec une encre constituée de trois gouttes de sang de l'index de la main gauche, trois de l'auriculaire droit, deux gouttes de votre téton droit et une du téton gauche, le tout mélangé à six gouttes du sang du coeur d'un corbeau vivant puis incorporées à la cervelle du corbeau et des morceaux d'estomac humain. Ah, petit détail à ne pas oublier, l'outil pour sculpter doit être en acier trempé trois fois dans du sang humain.
  • Le must, c'est la nécroculotte, ou nábrók. Il s'agit de récupérer sans aucunement l'abimer la peau de la moitié inferieure d'un homme mort, pour s'en faire un pantalon à porter à même sa propre peau en permanence. En échange, richesse et succès. Juste une question, si l'or et le succès attirent aussi des femmes, seront-elles assez motivées pour faire face à cette tenue immonde ?



  • Toujours plus à l'ouest, la température chute encore, la neige revient en force et des tunnels creusés dans la roche permettent d'éviter d'interminables détours le long de la côte sinueuse.





    Ce pays, ce n'est pas un pays, c'est le pôle nord. Ou presque. Dire que nous sommes à l'orée de l'été... L'hiver, toutes les routes sont fermées, et il n'y a qu'à voir l'épaisseur délirante de la congère sur le bas-côté pour imaginer les conditions. Même en ce mois de juin, attention, ça souffle, ça glisse, ça tourne à l'improviste dans le brouillard.







    Et tout à coup, on regagne le niveau de la mer, plage de sable, eaux turquoises, on se croirait sous les tropiques. Du moins tant qu'on n'essaie pas de sortir de la voiture ! Et hop, ça remonte, et on retourne au nord du Mur de Game of Thrones (tourné en Islande, d'ailleurs).





    Mise en garde : la conduite n'est pas anodine dans ces conditions. Nombre de touristes louent des petits 4x4, mais "sans maîtrise, la puissance n'est rien". Avec notre guimbarde genre Twingo, nous nous en sortons pas mal, mais faisons très attention à ne pas abîmer le bas de caisse (non couvert par les assurances, pas fous les loueurs !) dans les nids d'autruches plus ou moins reliés entre eux qui constituent parfois la route principale. Et oui, les photos ci-dessous, ce ne sont pas des pistes, mais LE moyen de liaison de la région ! Là où le rocher est tombé au milieu, les grosses voitures ne passaient pas, nous avons pu nous faufiler en jouant sur la glisse. Et un peu plus loin, exemple fréquent de touristes sortis de route. Les locaux ont l'habitude.



    Petits conseils qui ne mangent pas de pain : faire le plein régulièrement, en fait à chaque station, il ne s'agirait pas de tomber en panne au bout du monde. Et surtout, penser à désactiver les assistances à la conduite ! ABS, ESP, c'est peut-être utile sur bitume, mais sur la gadoue verglacée, ça vous prive de tout contrôle. Heureusement, notre petite voiture le proposait, jamais vu ailleurs cette option de désactivation sur ce genre de véhicules, comme quoi les constructeurs s'adaptent au pays. On trouve d'ailleurs que cette possibilité devrait être systématiquement offerte chez nous aussi, mais c'est l'inverse qui se fait... autre débat. Du coup, en jouant du frein à main et de l'anticipation, ça devient carrément rigolo de rouler ici, mais pas droit à l'erreur.



    Les riverains traitent souvent le problème par le gigantisme de leurs 4x4, mais ici au moins, c'est justifié ! A côté, notre petite citadine disparaît complètement.






    Nous voici pour l'étape de ce soir dans la capitale locale, Isafjördur, une métropole de plus de 2600 habitants où l'on trouve les plus anciennes maisons du pays, la doyenne datant de 1734. La route qui y mène est magnifique, mais longue, aucun pont ne venant traverser les fjords. Il y a ici une école de musique, un hôpital, et même une mini-université. Le magasin vend donc aussi bien des sandwiches que des livres ou des guitares. Le musée est fermé, encore un peu tôt dans la saison.





    La chute de Dynjandi, sur la route qui redescend vers le sud (faut dire, il n'y avait rien de plus au nord), fait 100 mètres de haut en plusieurs rebonds. On la repère de loin, vidant le plateau de la glace qui commence un peu à fondre.





    Et tout au bout de la péninsule, après un grand détour de plusieurs heures dont une partie en piste, on atteint Latrabjarg, le point le plus à l'ouest de l'Islande et de l'Europe par la même occasion. C'est une falaise culminant par endroits à 450 mètres, où nichent les macareux. Mais la météo se tourne contre nous, et c'est battus par la pluie, absolument transis et malmenés par le vent carrément dangereux au bord du précipice, que nous y faisons quelques pas humides avant de regagner vite fait l'abri de la voiture ! Heureusement, un couple miséricordieux de macareux a eu pitié de nous et des efforts que nous avons fait pour les atteindre, vous en trouverez la photo en fin de site à la page "Faune".



    Faites défiler vers la droite pour le panorama d'un fjord.