Introduction
Tashkent
Moynaq & mer d'Aral
Forts du désert
Khiva
Boukhara 1 - 2
Samarkand 1 - 2 - 3
Portraits 1 - 2 - 3
Artisanat
Portes
Transports
Nasr Eddin Hodja
Coton
Conclusion


Vendus en quantités impressionnantes sur le bord des routes en septembre-octobre, les gros melons verts et jaunes
sont rafraichissants et hydratent autant qu'ils nourrissent... une bonne chose dans ces contrées plus que sèches.


Rare végétation dans ce décor minéral, ces fleurs roses ou violettes trouvent encore des abeilles pour les polliniser.
Elles ont du mérite !
Oeuvre emblématique de ce musée injustement méconnu, le Taureau de Evgueni Lysenko. Le régime soviétique croyait lire dans les
yeux ronds et noirs de l'animal deux canons pointés vers le communisme. Un peu parano, non ?
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Pour aller de Tashkent à l'ouest du pays, on a le choix entre plusieurs jours de bus, ou un moyen un peu plus moderne et à peine plus cher...
l'avion. Un vol de 50 minutes pour Urgench gagne pas mal de temps.
Ensuite, c'est la négociation d'un taxi pour poursuivre la route vers la république autonome du Karakalpakstan. Là, l'astuce est de trouver un chauffeur
qui en vient et que ça arrange de retourner chez lui. Il faut négocier ferme, et attendre qu'il trouve d'autres passagers
pour la même destination. Il s'agit de rentabliser les places et l'essence ! Ensuite, c'est parti pour huit heures de route dans une
voiture en plutôt bon état, mais sur des routes qui le sont nettement moins. On s'enfonce dans le désert, plat et sec à perte de vue.
A se demander s'il y a bien une ville au bout.
La ville en question, Moynaq, se demande elle-même si elle est bien là. Si le panneau à l'entrée arbore toujours le symbole des poissons qui
ont fait sa prospérité jusqu'aux années 60, avec une intense activité autour de la pèche et des conserveries, l'Union soviétique lui a fait
un coup assez dramatique : ils ont volé la mer. Et un port sans mer, il n'en reste pas grand chose. Abandonnée à 90%, la ville disparaît peu à peu
sous le sable.
Pourquoi alors se donner tant de mal pour venir jusqu'ici ?
400 kilomètres de route cahoteuse pour arriver à l'hôtel fantôme d'une ville fantôme, au bord d'une mer fantôme, pour voir des bateaux fantômes.
La mer d'Aral n'est plus. Ce n'est pas de la curiosité morbide, mais une sorte de fascination pour la
folie des hommes, le stupide homo sapiens à l'apogée de son pouvoir de destruction. Quatrième plus grande étendue d'eau continentale au monde, qui aurait pu croire qu'elle en arriverait là ? Mais les Soviétiques
avaient décidé de faire pousser du coton dans le désert. Et pour ça, il faut de l'eau. Pas un problème, deux énormes fleuves traversent ce qui est
aujourd'hui le Kazakhstan (le Syr-Daria) et l'Ouzbékistan (l'Amou-Daria), il suffit de pomper ! Alors, comme des Shadoks sous plan quinquénal, ils pompèrent,
pompèrent, pompèrent, irriguant à ciel ouvert des champs gigantesques. Le coton est sorti du désert, certes. Tant et si bien qu'en trente ans, privée de ses apports d'eau, la mer
a pour ainsi dire disparu. Ce qu'il reste de l'eau vaseuse est à 180 kilomètres du port de Moynaq.
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Les restes de bateaux dévorés de rouille et dépouillés de tout ce qui pouvait servir
à renforcer les maisons tombant en ruine reposent sur le sable du fond, squelettes émouvants et incongrus. A perte de vue le paysage est désolé, hostile.
Ici, excepté quelques herbes chétives, rien ne croît, rien de vit, même pas question d'y faire pousser du coton. Outre la croûte de sel attaquant tout,
le sol est empoisonné par les doses massives de pesticides et de produits chimiques. D'anciennes îles, aujourd'hui simples collines, ont même été
utilisées pour tester des armes bacteriologiques. D'ailleurs, la population de la région présente un taux reccord de cancers, malformations, maladies diverses.
Pourtant, si on laissait la nature tranquille, cela pourrait s'arranger. Si l'irrigation forcenée
cessait maintenant, d'ici cinquante ans l'eau reviendrait, et avec elle, la vie... |
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A l'entrée de la ville, les écoles (ci-contre) restent pimpantes,
signe d'espoir. Mais ont-elles encore des élèves ?
A notre passage, plus d'eau courante dans la ville. Assoiffés, nous avons fait des kilomètres jusqu'à trouver le petit magasin
ci-dessous, sans enseigne et peu approvisionné, qui nous a permis de nous hydrater un peu. Comment vivre ici en permanence ? |
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Le seul hôtel survivant, l'Oybeck, est fantomatique, tenu par une grand-mère très gentille, qui nous a servi pour le dîner
une soupe aux pâtes, pommes de terre, tomate en morceaux et deux bouts de mouton, le tout cuisiné à l'huile de coton,
terriblement grasse et indigeste. Le carrelage cassé, les trous dans les murs, les balcons croulants, tout a été badigeonné de peinture
sans aucune réparation préalable, touchante tentative de sauver les apparences et de rester propre même en ruine, malgré le sable et les gravats.
La salle de bain avec sa baignoire rouillée, sans eau et dans une autre chambre sans lumière, au bout d'un couloir terrifiant, avec un chat paniqué
et le vent s'engouffrant dans les carreaux crevés, est un décor de film d'horreur post-apocalyptique... mais l'horreur est bien réelle, qui sacrifie
toute une population avec sa ville.
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Arriver jusqu'à Moynaq, c'est une chose. Mais une fois là, comment en partir ? On nous a vaguement indiqué qu'un bus passait devant l'hôtel à 6 heures
du matin. Bon, à tout hasard, nous l'attendons avec nos sacs. Et là, miracle, des phares trouent la nuit noire à 6H tapantes !
Tassés dans une minuscule marshroutka (ces micro-bus Daewoo pas des plus confortables qui assurent l'essentiel des liaisons dans le pays),
nous voilà repartis vers l'est. Le conducteur, massif et s'exprimant dans un anglais plutôt correct, nous explique qu'il est à l'origine chirurgien...
mais l'hôpital a disparu avec la ville. Il fait rigoler tout le monde en tentant apparemment de convaincre les gens d'aller à Kungrad, même quand
ils attendent de l'autre côté de la route.
Ci-dessous, le fleuve Amou-Daria, quelques dizaines de kilomètres avant Moynaq. Il part des montagnes du Tien Shan et parcourt 2580 kilomètres
avant d'arriver là. Son débit théorique est aussi important que celui du Rhône en Camargue. S'il est encore très large et semble intarrissable
au Karakalpakastan, en fait il ne reste qu'un film d'eau couvrant à peine le sable. Arrivé à l'ancienne mer d'Aral, c'est à peine s'il
humidifie un vague marais. Plusieurs ponts en construction sont arrêtés, à quoi bon s'embêter quand un pont flottant posé sur le fond si
proche suffit à présent ? Si les autorités continuent de promouvoir la culture du coton à outrance, encore quelques années et on passera à pied sec.
Escale à Nukus sur la route de l'est, dont le musée des beaux-arts est l'unique intérêt. Igor Savitsky a eu le courage de sauver plus de 90.000 oeuvres
de peintres et sculpteurs de l'avant-garde dissidente pendant la période stalinienne. Il avait choisi la ville de Nukus, perdue dans son désert fort loin de l'oeil de
Moscou, et s'est endetté pour acheter les oeuvres interdites. Aujourd'hui encore, les profits du musée servent en partie à rembourser
ses promesses aux familles des artistes. Certains tableaux sont vraiment très beaux, mais on se demande bien, même en cherchant les symboles cachés,
ce qui a bien pu leur valoir l'opprobe du régime.
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